ExtraitExtrait de la préface d'Annette Wieviorka :«Seul l'art a le pouvoir de sortir la souffrance de l'abîme» écrit Aharon Appelfeld. Et l'écrivain de constater que par sa nature même, «l'art réduit sans cesse le processus qui réduit l'individu à l'anonymat. Une personne n'est pas un simple corpuscule en mouvement pris dans des processus historiques violents. Une personne est un microcosme qui non seulement cherche éperdument sa place légitime dans le monde, mais aussi sa propre réhabilitation».Appelfeld est écrivain. Il se méfie des concepts. Il se méfie aussi de la demande d'histoire chez les survivants : «les gens réclamaient des faits, des faits précis, comme si en eux résidait le pouvoir de résoudre toutes les énigmes». La littérature ne résoud pas toutes les énigmes. Mais elle nous introduit à l'énigme. Elle déplace l'énigme. Elle devient à son tour énigme. Et elle peut être interrogée, scrutée, analysée.C'est ce que fait Anny Dayan Rosenmann dans un livre superbe. Un cadeau pour tous ceux qui ont lu et médité le corpus désormais immense de toutes les écritures liées aux désastres du siècle. Anny Dayan Rosenmann écrit dans une langue limpide, élégante, sensible. Comme si l'interrogation qui est au coeur de sa démarche : comment a été mis en forme (récit, roman, poésie...) le témoignage ? s'était doublée d'une interrogation parallèle : comment trouver les mots pour rendre compte de ce travail d'écriture ?En 1995 Anny Dayan Rosenmann soutenait sa thèse, Deuil, identité, écriture. Les traces de la Shoah dans la mémoire juive en France.Ce qui aurait pu être une fin s'est avéré un point de départ. Anny Dayan Rosenman a consacré les dix années qui ont suivi la soutenance de sa thèse à prolonger et à creuser un travail déjà important.