GRANDS PERSONNAGES ET PETITES PHRASESLa mémoire collective a retenu de nombreuses phrases, lancées par de grands personnages lors d'épisodes cruciaux de l'histoire. Marquantes tantôt par leur force ou leur portée universelle, tantôt par leur tournure piquante, elles ont été transmises au fil des générations et appartiennent aujourd'hui encore à notre patrimoine commun. Les plus anciennes datent de l'Antiquité, comme le «Malheur aux vaincus !» que le général gaulois Brennus aurait asséné en 390 av. J.-C. aux Romains, dont il venait de triompher. L'avenir dira lesquelles, parmi les petites phrases solennelles, assassines ou spirituelles que nos médias relaient de nos jours quotidiennement, resteront dans l'histoire.Qui l'a dit ?Certaines phrases historiques sont passées dans le langage courant, comme «Eurêka !», «J'ai trouvé !», qu'Archimède aurait clamé après avoir découvert le fameux théorème qui tourmenterait des générations d'écoliers. Ou «Qui m'aime, me suive !», par lequel le roi Philippe VI de Valois exhorta ses barons au combat contre les Flamands. Ou encore «Impossible n'est pas français», maxime résumant bien la pugnacité de Napoléon Ier, et si flatteuse pour l'orgueil national. On connaît ces phrases, mais pas toujours les circonstances dans lesquelles elles furent prononcées. Parfois même, on en ignore l'auteur. Si «J'ai failli attendre !», «Après nous, le déluge» ou «J'y suis, j'y reste» émaillent fréquemment une conversation, sait-on qu'on doit ces formules respectivement à Louis XIV, à la marquise de Pompadour et au général Mac-Mahon ? Il serait d'ailleurs plus juste de dire qu'on les leur attribue, car l'authenticité de ces phrases reste souvent douteuse.Les outrages du tempsÀ moins qu'elle ne figure dans un discours dont le texte a été conservé, une oeuvre ou une lettre écrite par son auteur en personne, rien ne confirme qu'une phrase passée à la postérité a bel et bien été prononcée sous la forme qu'on lui connaît. Les témoins, les chroniqueurs, les historiens ou la tradition populaire ont maintes fois pris la liberté de la transformer, afin qu'elle gagne en panache ou en humour, et frappe davantage l'imagination. Plus on recule dans le temps, plus l'inexactitude est à craindre. Les prétendues phrases de Jules César, de Vercingétorix ou de Ponce Pilate, rapportées bien après les faits qui les auraient inspirées, ont connu plusieurs versions. «Ainsi as-tu fait au vase de Soissons», a-t-on d'abord fait dire à Clovis châtiant un soldat rebelle. Avec le temps, la formulation retenue par les manuels scolaires devint «Souviens-toi du vase de Soissons». Il se peut aussi fort bien que des phrases historiques ne soient qu'invention pure. Les plus célèbres ne font pas forcément exception ! Henri IV n'aurait ainsi jamais dit «Paris vaut bien une messe» ni Louis XIV «L'État, c'est moi». À grands personnages, brillantes répliques. L'historiographie s'est en effet plu de tout temps à parer souverains et figures politiques d'un esprit leste, capable de commenter avec concision et brio les événements. Les principaux intéressés, s'ils en eurent connaissance, ne s'en plaignirent pas. Ainsi, quand Le moniteur universel affirma qu'il avait lancé à son retour d'exil «Il n'y a rien de changé en France, il n y a qu'un Français de plus», Charles X démentit avoir prononcé cette phrase. Mais celle-ci obtint un tel succès qu'il finit par s'en prétendre l'auteur.