Auteur de deux romans, l'Infamille et La douceur, de livres jeunesses et de scénarios de cinéma, Christophe Honoré expérimente avec Le pire du troupeau les contraintes de l'écriture théâtrale. Il y a trois frères :Anton, le cadet, Chino, l'aîné, et Bernardo, le frère mort. Il y a la douleur, l'incompréhension, la violence sourde des rapports familiaux. Il y a la désespérance. Arrivant à l'âge où son frère a disparu, Anton institue un jeu macabre où les personnages cherchent leur identité dans l'absurde. Le temps s'égrène, comme vidé de toute substance, distillant une tension palpable de bout en bout de la pièce sans jamais atteindre véritablement de paroxysme. Là réside toute la puissance de Christophe Honoré, dans cette écriture presque blanche, comme celle d'un Camus. Les dialogues, les situations, rendent compte d'une violence permanente, quoique ténue. Les didascalies viennent mettre en avant le propos en donnant des indications musicales, où le son vient en contrepoint du texte. Le pire du troupeau reprend les thématiques des deux précédents romans de l'auteur, comme des litanies, comme une souffrance qu'il faudrait pousser jusqu'à ses limites pour qu'elle disparaisse. La violence brute de l'enfance, chez Christophe Honoré, fait écho à un monde d'adultes que les personnages n'arrivent pas à pénétrer, car ils conservent toujours une animalité intrinsèque qui les rend impurs. Profondément humaine, cette pièce marque surtout par sa lenteur brutale et ses accents de désespoir. Et pourtant Le pire du troupeau ne s'incarne jamais vraiment... --Chloé S.--