À Elliott.L'enfant est un être de langage, disait Françoise Dolto, et c'est par le langage qu'il peut se sentir vivant dans la continuité de son existence. Les mots du temps sont des balises sur le chemin de la vie : ils nous permettent de ne pas nous égarer dans l'éternité.Nous ne nous souvenons pas qu'au début de notre vie, le temps n'existait pas car nous vivions dans un infini utérin. Puis nous sommes nés et ce fut le premier événement de notre histoire. Nous avons alors expérimenté les limites du temps en ressentant pour la première fois la faim, la soif, le froid, le chaud, la solitude. En réponse à notre détresse primitive, nos parents nous ont procuré des satisfactions, à des heures plus ou moins fixes, en nous donnant du lait et des baisers, en nous enveloppant de doux vêtements, de leurs bras réconfortants et de leurs regards bienveillants. Nous avons commencé à ATTENDRE et nous sommes sortis du temps infini pour entrer dans notre histoire, délimitée par le passé, le présent et le futur.Mais cette entrée dans l'histoire se fait à petits pas. Passer d'un espace infini à un espace limité, c'est en fait l'histoire de notre vie. Remarquons comme notre rapport au temps change en fonction de notre âge. Quand nous sommes petits, le temps nous paraît long, sauf bien sûr quand nous jouons. Pour un enfant de deux ans, une année est une éternité puisque c'est la moitié de sa vie !Qu'est-ce que l'enfant va faire de tout ce temps puisqu'il ne sait pas le comptera II va jouer, il va rêver tout éveillé à ce qui, demain, lui fera plaisir et à ce qui, hier, l'a fait rire. L'enfant veut répéter demain le plaisir des satisfactions d'hier et éviter le chagrin de la frustration. En se situant dans le temps, il accède au rêve, au fantasme, à l'imaginaire, qui sont les matériaux nécessaires à notre construction psychique. Dans le jeu de son présent, l'enfant inclut les expériences d'hier et de demain, qui sont les contenants du désir et du plaisir et qui délimitent une zone frontière entre le monde extérieur exigeant et implacable et l'espace psychique à peine ébauché du tout-petit. Donald Woods Winnicott a nommé cela «l'espace potentiel» car il avait compris l'absolue nécessité pour l'enfant de prendre de la distance avec un infini aussi vertigineux qu'insupportable.(...)