Le désert, et le Sahara en particulier, a inspiré une littérature riche en chefs-d'uvre, et les femmes, Isabelle Eberhardt en tête, ont apporté une contribution majeure à cette bibliothèque des sables. Mais Odette Du Puigaudeau se démarque de tous ses devanciers par un aspect qui peut sembler au premier abord négatif : l'absence de folie. Contrairement à Eberhardt, et tant d'autres explorateurs de la première moitié du XXe siècle (mais elle vécut jusqu'en 1991, retirée au Maroc et pratiquement oubliée), le désert ne l'entraîne jamais sur les cimes d'une extase éthérée. Esprit scientifique et curieux de tout comme Monod, elle ne partage pourtant pas sa passion des pierres, qu'elle troque plutôt pour celles des hommes : récit épique d'une des dernières azalaï, immense caravane de 3 500 chameaux chargés de sel traversant les immensités du sud saharien, ce texte humble et fort témoigne minutieusement d'une civilisation appelée à disparaître. Sans amertume, mais avec une intelligence et une lucidité souveraines. Une humanité dont on saisit soudain le caractère inflexible quand une extraordinaire photo nous représente une Odette impériale, juchée sur son chameau, en harmonie profonde avec le mode de vie qu'elle s'est choisi.