Paris, un jour de pluieIl pleut ce jour-là à Paris et l'homme marche. Pas comme les autres, les passants, les badauds, les étudiants du Quartier Latin.Lui marche vers quelque chose, vers quelqu'un, peut-être. Il va son chemin, sa vie tient dans ses pas. Tendu vers le haut de la rue, au-delà du périphérique, au-delà de la campagne sage. Par-delà les champs.Il échappe au monde alentour, les voitures, les gouttes d'eau sales, où va-t-il, on ne sait pas. Il s'échappe et le lourd sac dont son dos est chargé n'y fait rien : désormais plus rien ne l'arrêtera. Son indifférence est une insolence, il attire les regards fascinés et envieux. D'autres le prendront pour un fou, un vagabond, avec ce bâton de bois comme un prédicateur, ce coquillage rose accroché à son sac.Peu lui importe, il n'est déjà plus là.Chez BabelAu-delà des Pyrénées, au milieu des oliviers, à l'écart d'un bourg indolent, dans la torpeur du soir, posé au bord du chemin de Compostelle, il est un refuge. Un refuge pour pèlerins, une auberge, comme on dit là-bas. Dans le jardin qui l'entoure, une grande table de bois et des chaises disparates, des vélos appuyés contre le portail, quelqu'un a suspendu des lampions dans un arbre. Des bougies sont posées sur les marches qui mènent à la terrasse, bientôt on les allumera parce que la nuit s'apprête à tomber. Et puis il y a les pèlerins, attablés à la grande table du jardin, penchés sur des pages d'écriture, pieds nus dans l'herbe une cigarette à la main, assoupis à l'ombre de l'arbre, les mains plongées dans une bassine mousseuse, un oeil sur leurs pieds fatigués et héroïques.(...) --Ce texte fait référence à l'édition Broché .