ExtraitExtrait de l'introductionLa manager et le philosophe : un dialogue inéditRien ne semblait prédestiner le monde de la philosophie et celui du management non seulement à se rencontrer, mais à prendre le temps de cheminer ensemble pour nourrir un dialogue authentique et que nous espérons fécond. A vrai dire, il y a à peine quelques années de cela, un projet comme celui-ci aurait sans doute été accueilli d'un côté comme de l'autre comme une idée saugrenue. Il faut bien avouer que pour de nombreux philosophes, le monde de l'entreprise était considéré comme un univers cynique, peuplé d'individus bornés et soucieux de leur seul profit. Quant aux managers et aux cadres d'entreprises, ils voyaient au mieux dans les philosophes des idéalistes déconnectés du monde réel, de ses contraintes et de ses urgences. Ils auraient sans doute ri de bon coeur à une représentation des Nuées, comédie antique que l'on doit à Aristophane et qui présentait Socrate suspendu au-dessus de la scène dans une sorte de grand panier appelé le «pensoir» pour débiter d'étranges et incompréhensibles propos, bien au-dessus des menues affaires de l'humanité ordinaire, livrée à ses tâches, à ses inquiétudes et à ses obligations courantes.À quelque chose malheur est bon, la «crise» est passée par-là, remettant en cause les certitudes les mieux assurées, faisant bouger les vieilles frontières, obligeant chacun à inventer des coopérations inédites, des espaces nouveaux de réflexion et d'analyse. Et la «crise» n'a pas affecté seulement les milieux économiques. Parce qu'elle est aussi une crise culturelle, elle a touché le monde des philosophes, les obligeant à se demander si une philosophie hautaine et coupée des affaires communes pouvait encore faire sens et apparaître comme autre chose qu'une survivance étrange d'un passé archaïque.On pourrait croire que ce projet est né de la rencontre intempestive de deux personnes. Ce serait oublier qu'à son origine, ce sont deux institutions qui se sont rapprochées, la Faculté de philosophie et l'École de management de Strasbourg, lorsqu'il fut décidé d'ouvrir une série de cours communs à ces deux espaces de formation a priori si éloignés l'un de l'autre. L'aventure eut un certain succès et les rencontres personnelles sont venues ensuite, presque naturellement, comme une sorte d'évidence. Mais pour essayer de comprendre ce que cette rencontre avait de nécessaire, sans doute est-il indispensable de clarifier le champ propre de chacune des disciplines qui l'ont souhaitée, voulue et réalisée.