ExtraitExtrait de la préface de Marie-Christine LecciaCe numéro de la Revue Française de Yoga, ainsi que le prochain, sont dédiés à la joie. «La joie dans tous ses éclats» : ce fut le thème des XXIIIe Assises Nationales de la FNEY qui eurent lieu à Reims, au mois de mai 2012. Il n'y avait ni naïveté, ni inconscience, ni provocation pour oser un tel thème. Tout au contraire, il s'agissait, en réfléchissant ensemble, de se donner la force et le courage de ne pas succomber à la morosité ambiante, et parfois même au désespoir. Et rien ne peut mieux introduire notre propos que le texte qui accompagna la brochure de ces Assises : «En un temps où croissent les motifs de frustrations, individuelles et collectives, cultiver la joie est un acte de résistance. C'est faire droit à l'élan fondateur qui porte les humains. [...] Faire le choix de la joie est un pari audacieux, qui suppose d'accepter la souffrance et de la traverser. Il y faut force et lâcher-prise, sérénité et détachement». Nous avons regroupé ici les conférences données dans le cadre de ces Assises. Et dans la prochaine revue, la parole sera donnée à d'autres conférenciers ainsi qu'aux formateurs d'enseignants de yoga, chanteurs, comédiens qui tous, par leurs ateliers ou leurs cours de yoga, nous ont ouvert des chemins de joie.Entre chaque article, comme une ponctuation, vous trouverez, ou retrouverez, les poèmes qui ont été lus par Leili Anvar et François Marthouret, lecture qui était elle-même ponctuée ou accompagnée par les belles improvisations du musicien Jean-Paul Dessy. Nous avons décidé de garder l'ordre d'apparition des textes pendant le spectacle pour respecter le choix des comédiens mais nous ne pouvons pas, malheureusement, vous restituer ni la musique, ni le décor, ni l'atmosphère : la basilique de Saint-Rémi, le choeur, éclairé seulement par les cierges...La pluridisciplinarité des intervenants nous montre que la joie peut suivre des itinéraires et des expressions multiples. Si le titre de ces Assises annonce «la joie dans tous ses éclats», c'est bien que la joie porte en elle une multiplicité de manifestations. Mais dans cette multiplicité, nous constatons qu'il y a une universalité : celle du désir de dépasser la souffrance. Là encore, les traditions proposent des chemins différents mais aussi convergents, pour éprouver la joie. De fait, il faudrait parler des joies, tous ces instants qui nous tiennent éloignés de la douleur et que nous pouvons décrire mais qui ne sont pas la joie, ineffable et indicible, qui couronne le chemin de l'ascète, du mystique, du sage. Pour cette joie-là, les mots se dérobent parce que les mots traduisent une pensée et que la joie, en ces circonstances, ne se pense pas mais est une expérience qui dépasse «les petites joies de la vie».Nous avons pris le parti de nous tourner d'abord vers l'Inde. Il s'agissait en premier lieu de rendre hommage au yoga car c'est à lui que nous devions de nous retrouver réunis à Reims et c'est encore à lui que nous devions cette joie qui nous portait pendant ces journées. Si la joie est une aspiration commune à l'humanité, chaque sagesse, selon son lieu et son temps, oriente son itinéraire pour nous la faire expérimenter. C'est dire que la joie n'est pas un donné de la vie mais qu'elle est l'aboutissement d'une détermination à surmonter la souffrance. En remontant d'abord aux sources de la pensée indienne, celle de l'Inde védique, des Vedas aux Upanishads, nous pouvons suivre l'émergence de cette notion qu'est la joie : «Dans l'Inde védique, la joie n'est pas, à proprement parler, une expérience du monde. Elle se situe [...] dans cet au-delà paisible et désirable, que l'on appelle le monde des dieux». «L' ânanda (la joie) est donc un lieu hors de soi» qui ne peut s'atteindre qu'en atteignant le «ciel». «[...] dans les Upanishads s'opère une transformation décisive de la notion de joie, regardée à présent comme l'aboutissement d'une quête intérieure, au plus profond de soi». (...)