PETITE HISTOIRE DES PORTE-BONHEURBONHEUR À LA PETITE SEMAINEGri-gri, talisman, fétiche, amulette... Quels que soient les pays et les périodes, tous les peuples ont recouru à divers objets censés porter chance. On peut s'étonner que cette notion universelle de porte-bonheur ne soit apparue qu'en 1876 dans les dictionnaires français alors que l'expression s'y rattachant, «porter bonheur», et ses synonymes, cités ci-dessus, y figuraient déjà depuis plus de cent ans. La définition qui en était faite à l'époque peut nous paraître tout aussi étrange puisqu'elle fait uniquement allusion à un bracelet semainier à sept anneaux, censé porter bonheur à son propriétaire.Dans le langage familier, ces bijoux étaient également appelés «porte-veine» ou «porte-chance». «Tout le monde a au bras le bracelet porte-bonheur, d'or uni ou avec perles et turquoises...», un «bracelet d'une seule pièce, qui s'enroule sept fois autour du bras». Ainsi s'exprimait Mallarmé en août 1874 pour rendre compte de l'effet de mode qui régnait à Paris cette année-là. Ce n'est qu'à sa huitième édition (1932-1935) que le dictionnaire de l'Académie française étend la notion de porte-bonheur à divers objets tel le trèfle à quatre feuilles. Les années ont passé mais les définitions tirées de ce genre d'ouvrages restent bien trop succinctes pour que l'on puisse s'en contenter. L'étude des croyances populaires permet heureusement d'obtenir des précisions utiles.LA DOUBLE VERTU DES PORTE-BONHEURTout porte-bonheur est doté par la superstition d'une ou de deux fonctions bienfaitrices. La première réside dans un pouvoir de protection et de préservation contre le malheur (éviter les maladies et les accidents, repousser les mauvais sorts...) et s'apparente, de ce fait, aux pouvoirs des amulettes préservant d'un futur malheureux. Peu ou non élaborés, ces objets en apparence banals dissimulent une redoutable efficacité, tous les vampires mis en échec par une simple gousse d'ail vous le diront ! La seconde vertu des porte-bonheur permet d'améliorer son sort présent (augmenter sa chance en amour, gagner aux jeux...) et renvoie davantage à la notion de talisman. Les poupées chinoises sculptées dans du bois de pêcher et fixées à la porte des maisons le premier jour de l'année pour repousser les forces maléfiques en sont un exemple. Mais bien d'autres «talismans» végétaux attirant la chance ne nécessitent pas de façonnage ou si peu. Ainsi en est-il des bouquets de bruyère blanche placés dans le gobelet en étain d'un ivrogne accompli et qui sont, en Angleterre, des porte-bonheur garantis. De là à encourager l'alcoolisme, il n'y a qu'un pas !(...)